Messieurs les Ronds de Cuir

Publié le par sans intéret

La cigarette jaillie des dessous de la moustache et les cuisses baignées de pénombre, celui-ci semait des signatures, pour ampliations conformes, au bas d'arrêtés ministériels. De sa dextre bien soignée, il les étendait, griffes d'empereur, sur la demi-largeur du papier, puis immédiatement, les séchait, le bloc-buvard secoué, en sa main gauche, du tangage précipité d'un petit bateau qui va sur l'eau. Le chef entra, vint droit à lui, s'arc-bouta de ses doigts aux minces filets de cuivre qui cerclaient l'acajou de la table, et posa cette question bien simple : - Je viens savoir de vous, monsieur, si la Direction des Dons et Legs est une administration de l'Etat ou une maison de tolérance.

La direction des dons et legs est l'organe autosuffisant qu'imagine Courteline (mort en 1929 à 71 ans) pour railler l'administration.

Le texte a un peu vieilli : certaines allusions nous échappent mais l'esprit reste intact : en remplacant le service des legs par un comité théodule*, on aurait une version beaucoup plus moderne. C'est en tout cas un grand bonheur à lire, qui amène peut être à prendre un peu de recul sur ses pratiques mais qui amène surtout à réfléchir à la splendeur de la langue française qui maniée (comme le mort). 

*INA : Dans un discours à Orange (Vaucluse), le 26/09/1963, le Général prononce une de ses fameuses "petites phrases" :
"... l'essentiel pour lui, ce n'est pas ce que peuvent penser le comité Gustave, le comité Théodule ou le comité Hippolyte, l'essentiel pour le général de Gaulle, le Président de la France, c'est ce qui est utile au peuple français..."
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Publié dans Fiches de Lecture

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